Chapitre 20 - Ban Bayan - Visions


Daignez, noble seigneur, recevoir mon hommage

Sur ma vie, acceptez, ces modestes présents…

S’il plaît à votre honneur, de longer ces rivages

Vous resterez ainsi mon hôte plus longtemps.



Ban Bayan avait reconnu depuis longtemps le mont Sephar qui se dressait devant eux et que le chemin qu’ils suivaient semblait conserver à tout moment en ligne de mire. Il se mit en tête que la montagne sacrée des Sepharaim devait constituer l’un des objectifs « terrestres » de leur périple.

À mesure qu’ils approchaient de la montagne majestueuse, sa présence se faisait plus prégnante. À l’image imposante des puissants contreforts qui soutenaient le pic enneigé s’ajoutait une attraction plus globale, un magnétisme ancien, profond et minéral, qui commençait à exercer son pouvoir tellurique. Ban Bayan sentait la fascination le gagner progressivement et bien qu’il ignorât encore tout de l’état où cela le mènerait, il n’éprouvait aucune crainte et ne cherchait pas à lutter. Au contraire, il s’offrait à cette expérience en conscience, en confiance, car, à n’en pas douter, elle faisait partie du parcours initiatique qu’Astarük lui présentait.

Ban Bayan se laissa progressivement envahir par les visions : il entrevit des choses passées, fantasmées, d’autres qui n’auraient pu se rattacher encore à aucun événement connu ou rêvé, qu’il rangerait avec le recul dans la catégorie de futurs possibles. Il fut transporté dans d’autres lieux, d’autres époques, tantôt voyait le monde à la hauteur des hommes, tantôt avec les yeux monochromes d’un animal. Il fut aigle l’espace d’un instant, lançant son regard acéré sur la terre en bas, sur les marmottes, les lièvres et les souris, proies sans défense et insouciantes qui n’imaginaient pas la menace des airs ; sur les hommes aussi qui voyant son ombre projetée sur le sol, pointaient vers le ciel leurs doigts admiratifs devant la majesté de ses ailes déployées.

Puis il redevint lui, transporté en arrière, dans sa ville natale où alors adolescent, il courait dans les rues avec son ami Zafar, légers de l’insouciance propre à leur âge. Ils se dirigeaient vers les rives du fleuve sacré où ils mettraient à l’eau leur nouvel esquif construit pour imaginer de plus grandes traversées.

Il entrevit demain, aussi, une immense fourmilière, et ce flot continu, va-et-vient incessant, d’hommes et de femmes en quête d’espoir qui sondent les nuages comme pour prendre leur élan... Puis le poison qui les tue, qui lentement les entraîne, vers la chute, faibles cœurs, qui s’accrochent aux chimères, aux promesses de bonheurs, immédiats, éphémères... Ils semblent parfois si proches de trouver l’antidote ! Certains le découvrent et avancent sur la bonne route, par pur hasard sans doute... À moins que leur étoile un jour, attendrie par leurs cris, ne leur ait soufflé un chemin qu’elle leur avait choisi...

Un jour encore, il se fit chat, fasciné qu’il était depuis son plus jeune âge, par les pouvoirs magiques de ces bonnes créatures. Il avançait tout velours vers une souris qu’il visait. Elle ne le devinait pas, affairée qu’elle était, à prélever dans un sac de farine, la part qui conviendrait à son petit estomac. Invisible il bandait ses muscles comme un arc, jusqu’au moment où il ne resterait plus qu’à tout relâcher d’un coup et bondir sur sa victime… Pas encore... Pas encore... Maintenant ! Étrange sensation : il fondait sur sa cible comme l’éclair, et en même temps en pleine conscience de chaque fraction de seconde qui passait. Il s’approchait, s’approchait encore, toutes griffes dehors, il voyait le rongeur, tranquille, qui n’avait toujours rien compris à son drame et au piège mortel qui se refermait sur lui...

Le choc des griffes contre la chair le réveilla en sursaut... Il faillit tomber, mais son cheval qui avait deviné, anticipa son mouvement et fit l’écart qu’il fallait pour rattraper le déséquilibre... Il parvint finalement à retrouver la stabilité qui lui manquait, en s’accrochant à la crinière de sa monture, et revint donc à lui, en selle, sous une forme plus humaine, étourdi et décontenancé.

À ses côtés, Astarük, le regard fixe devant, esquissa un sourire, puis lança son cheval au galop... Une course endiablée démarra entre les deux étalons, que les deux cavaliers laissèrent se poursuivre jusqu’à ce que les bêtes fourbues s’arrêtent d’elles-mêmes et admettent qu’il n’y aurait pas de gagnant à ce jeu...

 Ban Bayan et Astarük échangèrent un regard, puis éclatèrent d’un rire retentissant qui résonna longtemps dans le désert. Cette chevauchée avait apaisé pour toujours la moindre tension entre les deux hommes. Ils étaient désormais frères de la plaine, et ce lien invisible entre eux jamais ne se distendrait.

 Ban Bayan se sentait prêt à lâcher prise, à s’abandonner totalement, cette fois, aux commandements d’Astarük, et en même temps brûlait de comprendre, une fois pour toutes, où ce dernier voulait en venir. Il devait avouer que la destination finale de leur voyage lui restait inconnue. En effet, à sa grande surprise, leur chemin, au lieu de tracer tout droit à travers la plaine qui les séparait de la montagne, entama alors une boucle qui semblait faite pour contourner le mont céleste.


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