Chapitre 24 - Anatole - Bonne Année !


Ainsi commença mon errance,

Mon long voyage dans la nuit.

Je partis dans l’indifférence,

Tout aurait pu finir ici.    



Sa quête dura plus qu’il ne l’aurait prédit et bientôt, il ne sut plus trop dire quand elle avait commencé : hier ? La semaine dernière ? Oui, ça faisait peut-être un an finalement…

Des anecdotes sur les regards vides, sur l’insupportable indifférence, il en aurait à raconter à cette femme qui passe, si elle voulait s’arrêter. Mais le temps passe aussi, et lui ne s’arrête jamais, alors c’est urgent, désolé, ça entraîne, comme le courant puissant du fleuve charrie irrésistiblement tout ce qui peut bouger.

S’il se donnait la peine de soulever la question, de lancer un débat public dans sa station de métro, c’est sûr, il en trouverait pour juger, pour condamner, stigmatiser le manque de considération généralisé de l’homme pour son prochain.

Quelle époque ! Il en rencontrerait qui renieraient leurs propres agissements au moins trois fois avant le chant du coq... La compassion, l’altruisme et l’empathie ne sont que des résolutions du Nouvel An qui disparaissent le 2 janvier. 

Il le savait tout ça, depuis longtemps, et maintenant, il le vivait. 

Pourtant, il ne pouvait accepter la conclusion que l’homme ne valait pas mieux que l’animal qu’il était. Qu’il resterait incapable de changer sa nature de carnassier, que la loi du plus fort demeurerait au-dessus de toute chose et que la seule variable à ce scénario ne serait que la mesure de la force. Feu, bronze, fer, or... Il n’entrevoyait pas la moindre lumière au bout du tunnel le plus long que l’homme ait jamais percé. On continuait à creuser à mesure qu’on avançait. Le fond semblait proche et rien n’indiquait une issue possible : l’air vicié par les vicissitudes du monde finirait par asphyxier toute vie et l’ouvrage, devenu tombe géante s’effondrerait alors bientôt sur lui-même. 

À chaque fois qu’il reprenait le raisonnement, qu’il relançait l’humanité sur la voie d’une croissance durable, épanouie, le progrès pour tous sur la longue route, il se décourageait avant même de commencer, en repensant à toutes les fois où l’on avait fait marche arrière. Il considérait toutes les barrières qui se dresseraient, toutes ces machines plus fortes qui s’interposeraient au milieu du chemin et contre lesquelles il ne se sentait pas de taille. Les rêves dans lesquels il entrevoyait une solution, lorsqu’il suffisait peut-être de changer de paradigme, de devenir citoyens du monde, et de sa localité, de trier ses déchets, juste inventer le mouvement perpétuel, pour que cela aille mieux... Dans chacun de ces songes, il y avait un mur, un trou, ce tunnel dont nul ne sortait et qui mettait une fin tragique à ses illusions de bonheur pour tous.

Plus jeune, il aurait enfourché sa monture et foncé à bride abattue sur les moulins, encore et encore, même après que l’espoir se soit enfui et perdu dans le noir...

Aujourd’hui, l’énergie lui manquait pour se lancer dans une nouvelle utopie. 

Aujourd’hui, c’était l’hiver.

Il l’écoutait tomber délicatement, en silence.

La neige de l’hiver... qui efface et purifie, qui donne aux hommes une autre page blanche, pour recommencer et écrire une histoire plus belle.

 

  Bonne année, messieurs dames ! clamait-il avec le sourire, en exécutant quelques pas de danse pour mimer l’insouciance, les joies simples de l’instant présent.

Il voulait que ce jour soit celui de son nouvel an. Tant pis si le calendrier essayait de le contredire : pour lui, c’était aujourd’hui, et il voulait le crier haut et fort.

 

 « Une nouvelle année,

 Un nouveau départ,

 Une nouvelle histoire,

 Un nouvel été ! »

 

Il avait écrit ces mots sur sa pancarte aussi. Au cas où : la plupart étaient sourds, mais peut-être pas tous aveugles… À moins que ce ne soit le contraire…


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