Chapitre 26 - Thomas - Heureux qui peut voler


Aux promesses de bonheurs

Immédiats, éphémères…

Mais que ces joies sont vaines

Et laissent l’âme en peine…    



Ce soir, il s’en allait. Il avait donné rendez-vous à Leila, en haut de la tour Eiffel, un dernier regard, avant de partir, sur leur ville. Il craignait qu’elle ne tienne pas la fragile promesse qu’il avait cru lire dans ses yeux hier. Si elle venait jusqu’ici, il s’agirait de ne plus la perdre. Il voulait lui donner l’occasion de modifier son angle de vue, qu’elle comprenne que ce qui l’attendait rimait davantage avec les cimes des montagnes qu’avec les profondeurs sombres des cavernes dans lesquelles elle semblait s’enfoncer : renoncer au spleen, à l’aspiration fascinante et morbide du vide pour écouter enfin l’appel des étoiles.

 Une dernière fois, il se rendit devant le mur de Frenhoffer, pour imprimer dans son cerveau l’image qu’il garderait en mémoire pour longtemps. Un ultime regard, la dernière page d’une histoire triste qu’on tourne vers une nouvelle vie, pleine d’espoir, qui reste à écrire.

Le maître avait déclaré que les peintures sur le mur étaient organisées en fresques comme les strophes d’un poème : elles font écho l’une à l’autre comme les rimes des vers d’un quatrain résonnent encore de la sonorité du précédent. Frenhoffer n’avait jamais caché son admiration pour Baudelaire et citait d’ailleurs souvent les correspondances, comme le poème le plus emblématique dont il s’est inspiré pour nombre de ses œuvres. Le mur de la liberté n’y faisait pas exception. Ici aussi, il avait souhaité que « les parfums, les couleurs, les sons se répondent » dans une harmonie parfaite.

Plus que tout autre, Thomas avait saisi le point de vue de l’artiste et avait voulu contribuer au message universel que le mur devait délivrer aux hommes. Avec ses amis, ils avaient créé tous ces tags multicolores, des mots pour sauver leurs âmes, et pour exorciser, faire fuir le démon des cités. Il avait même écrit un poème, pour crier son mal-être, mettre ses frères en garde, qu’ils puissent un jour peut-être, pauvres fourmis travailleuses et soumises, s’affranchir de l’attraction délétère de leur reine. Il l’avait incrusté, une strophe par brique, à l’extrémité nord du mur, sans le signer, car il n’y avait pas de fin. Il ne s’agissait que de sa contribution, et il souhaitait qu’un jour, une issue plus heureuse évoque un destin plus joyeux.

 

 C’est écrit sur un mur

 C’est un cri silencieux...

 

De là-haut il apercevait la ville et ses lumières, et son regard plein d’espoir portait vers sa cité. Il considéra avec bienveillance les potes qu’il a laissés derrière lui. Qu’est-ce qu’ils deviendront ? Hamid restera le même, avec sa rage rentrée, avec sa haine, mais trop attaché au fond à son état de rebelle rangé, le Don Quichotte du coin. Yoan aussi par paresse, parce que, pour changer son destin tout ça, il faudrait de l’énergie... Sans doute Nathan et Ismaël poursuivront toujours leurs petits larcins pour juste survivre... et... Leila... avec lui bien sûr, à ses côtés. C’était comme il avait imaginé, ce regard de reconnaissance de l’avoir sortie du trou noir dans lequel elle s’enfermait et dont on avait tous cru qu’elle ne s’extirperait jamais. Elle prenait une longue inspiration, qu’elle goûtait intensément, les yeux fermés, un sourire de bien-être... temps suspendu...

 ... Puis le sourire qui se transforme en rictus, la peine, un soupir immense, lassitude à nouveau, infinie, sur son visage soudain livide. Sans un mot, elle dit qu’elle regrette, qu’elle essaie pourtant, mais que c’est trop dur, même ici, c’est trop dur et vain, quand là-bas au moins, au milieu de rien, il restait un espoir ténu. Il lui tend la main, car il comprend ce qu’elle fait, il est mort de trouille. « Putain, arrête ! »... Il crie, mais ses mots se coincent dans sa gorge, aucun son ne sort... Et Leila qui se penche, qui ferme les yeux, qui ne voit pas la main qu’il lui tend, qui s’abandonne au vide, qui tombe alors que le temps s’arrête.

  Noooon !

 Thomas s’est précipité pour la retenir, par-dessus la rambarde qu’il ne tient plus que d’une main lui-même... il a réussi à attraper le bras de Leila de l’autre. Tout se passe très vite, et ses muscles qui se tendent, les crampes, impossible... impossible de tenir, et le vide qui les appelle... Ses doigts qui transpirent, qui glissent, qui lâchent prise...

 

 

 

 

 

  Bats des ailes ! Thomas ! Fais comme moi, bats des ailes !


Le poème dont vous êtes le héros est un roman auto-publié.

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