Chapitre 31 - Ban Bayan - Mont Sephar


Je regarde là-haut défiler les nuages,

Mon esprit vagabond suivra le cours des vents,

Je suis celui qui souffle, c’est un heureux présage,

Je suis celui qui rêve avec ses yeux d’enfant.

 



Ils pénétrèrent dans le sanctuaire au lever du jour. Ban Bayan avait marché dans les pas de son guide à travers un incroyable labyrinthe de galeries souterraines. Astarük avançait d’un pas sûr et n’avait jamais montré la moindre hésitation lorsqu’à maintes reprises, il avait fallu choisir entre l’un ou l’autre des couloirs qui se proposaient. Ban Bayan comprenait cependant toute la magie de l’exercice, et qu’il devait être impossible à un non initié de trouver la sortie. Astarük lui annonça que le moment était venu : il devrait accomplir seul le reste du chemin. En ouvrant son cœur, il accueillerait la révélation, et quand il le retrouverait de l’autre côté, il aurait devant lui, à n’en pas douter, un homme nouveau.

Ban Bayan avançait, décidé, dans la pénombre de la grotte aux parois lisses. Oui, il voulait entrer, continuer, aller au bout de l’initiation. Devenir ambassadeur de Samayana. En d’autres circonstances, cet endroit aurait pu l’effrayer, mais aujourd’hui, il se sentait fort, confiant de choisir le bon chemin. Le labyrinthe que constituait l’entrelacs de galeries tout autour de lui, la promesse de s’égarer mille fois, et pour l’éternité, ses os blanchis dans un coin, ces idées qui toquaient à la porte de son cerveau le faisaient sourire. Car il savait que ce sort ne serait pas le sien. Il ne se perdrait pas sous la montagne, c’est ici au contraire qu’il se trouverait. C’est pour cela qu’il était rentré et lorsqu’il reverrait la lumière du jour, oui, il serait un homme nouveau. Il comprenait maintenant pourquoi Astarük avait fait tous ces détours, toutes ces circonvolutions interminables. Ces discussions autour du feu du bivouac, les énigmes, les demi-mots, tout ceci dans le seul but de le préparer à ce moment. S’ils avaient parcouru ce chemin en ligne droite, il n’aurait pas été prêt. Il le reconnaissait maintenant, il était marchand avant tout et c’est simplement de façon occasionnelle et fortuite qu’il vendait des petits morceaux de songes. Les choses avaient bien changé.

Il continuait dans ces couloirs d’ombres avec les certitudes de l’homme qui connaît la lumière et qui ne doute pas de la revoir un jour, sans plus se préoccuper de savoir combien de temps cela lui prendrait ni de ce qu’il faudrait laisser en chemin. La notion de temps avait d’ailleurs disparu. Se pouvait-il que la nuit soit tombée sur la montagne, puis que le jour incertain lui ait déjà succédé ? Depuis qu’il avait quitté son compagnon de route, il évoluait dans une autre dimension et ne ressentait ni faim ni fatigue. Peut-être le temps lui-même, ne pouvant accéder en ce lieu, perdait-il sur lui son emprise fatale ? Ailleurs, il empoisonnait patiemment les hommes, créatures fragiles et mortelles, et les tuait à coup sûr, si d’autres circonstances ne s’en chargeaient avant. Il se souvenait des derniers jours. De la veillée le soir avant d’entrer surtout. Astarük lui avait montré dans le ciel, l’étoile qu’il consultait dans l’obscurité, celle qui commandait au soleil, lorsqu’il faisait le jour, de lui réserver quelque rayon pour éclairer son chemin. Il la voyait toujours, et même à travers les nuages noirs les nuits sans lune, quand les ténèbres s’ajoutent aux ténèbres, il devinait encore la présence bienveillante de son flambeau éternel. Chaque homme a son guide accroché là-haut, qui brille pour lui dans le froid de la nuit avait-il dit à Ban Bayan. Quand le courage manquait, qu’on ne savait plus où aller, il suffisait de lever les yeux, de temps à autre pour retrouver le chemin que l’on porte en soi. Il avait affirmé cela d’un ton naturel, apaisant et assuré, un simple énoncé de bon sens, qui résonnait dans la nuit scintillante comme une évidence : il n’est plus seul celui qui choisit l’univers comme compagnon.

Au fond du monde, dans le dédale sous la montagne sacrée des Sepharaim, Ban Bayan ne se sentait pas seul. Il savait désormais que son étoile là-haut illuminait ses pas et l’accompagnait autant qu’elle le guidait dans son chemin intérieur. Il ressentait les bienfaits de ce voyage inattendu et avançait dans la grotte comme on médite, sans plus de pensées superflues, concentré sur ses mouvements et sa respiration, sans la moindre interférence de l’extérieur, protégé des agressions par la muraille la plus épaisse qui soit.

Une sensation de bien-être total l’avait envahi. Pour la première fois de sa vie, il se sentait complètement libre et apaisé. Puis les visions recommencèrent, mais cette fois, aucun épisode passé ne lui revint en mémoire, ce ne fut qu’une succession d’images projetées qui semblaient provenir du plus profond de son âme en quête. Il devina que l’expérience avait réussi, qu’il avait atteint son but. Que ce chemin initiatique le changerait pour toujours et que l’errance de ces dernières années prenait fin aujourd’hui. Il comprenait ce qu’on attendait de lui, et l’adéquation avec ses aspirations profondes lui semblait évidente et parfaite. Oui, il se sentait prêt pour cette mission, pour transmettre ce qu’il avait appris durant ces quelques jours : aller au-delà du rêve, faire de la vie le rêve, pour lui et pour les autres. Car chaque homme, pour peu qu’on l’aide à se débarrasser des chaînes lourdes qui pendent à ses pieds, possède le pouvoir de se libérer et de vivre là-haut, avec ces oiseaux qui dépassent les nuages.

Le jour enfin, au bout de ce dédale, lui offrit un point lumineux indiquant la sortie. Il retrouva son ami et tous deux sourirent de cette expérience qui marquait le début d’une nouvelle aventure : Ban Bayan, le maître songe, venait de naître ici, dans les entrailles du mont Sephar.

 

Il serait désormais, messager des étoiles et aiderait les hommes à reconnaître le chemin qu’ils avaient choisi.


Le poème dont vous êtes le héros est un roman auto-publié.

Pour être diffusé, lu, il a besoin de vous...

J'aime ? Je soutiens !


J'aime la page Facebook de l'auteur :

Je laisse une critique :

 

Sur une librairies en ligne  :

Sur un site de critique littéraire :


Écrire commentaire

Commentaires: 0